Textes (de petites vertus)


Je crois que nous sommes un peuple végétal,
Comment expliquer autrement le silence
Dans lequel nous attendons l’effeuillage ?
D’où vient le courage
De glisser sur le toboggan du sommeil
Jusqu’au tunnel de l’au-delà
Avec la certitude
Que nous serons capables
De renaître ?
Je crois que nous sommes un peuple végétal -
Qui a jamais vu un arbre
S’insurger ?

Ana Blandiana

photo & trad. du roumain : Radu Bata


Octobre est un mois amphibie
Tantôt l’amour tantôt la pluie

©Radu Bata

Bonus :

dupa stralucire
ea are
un drob de soare
în spinare

dupa ratacire
ea are
resturi de iubire
prin buzunare

dupa despartire
ea pare
un nor de uimire
care doare

©Radu Bata


Sortie

Au-delà des étiquettes
les bras ouverts
d’une nouvelle planète

©Radu Bata
(photo & haïku non conforme)

Bonus :
Une goutte d’empathie
Dans le sourire de la pluie
Un trempé aqueduc
Dans l’amour caduc

©Radu Bata


même quand ils sont méchants ou à cran
j’ai l’ADN des nuages dans le sang

photo & texte © Radu B.

chiar daca chinga cerului ma strânge
am ADN-ul norilor în sânge


Toamna şi-a pus rochia cărămizie
Se-aud prin oase vreascuri trosnind de nostalgie
Strugurii cântă vara în cupe de-untdelemn
Vine balul iernii şi eu bat în lemn

©Radu Bata

Les ammonites bouillent dans la marmite
jetées aux néophytes par les troglodytes

Tant que les cornichons sont sur orbite
je m’en vais couler des jours d’ermite

©Radu Bata


À cheval sur un rêve brûlant

Chaque fois que je m’élève
sur le Mont de Vénus
j’aperçois
entouré de petits nuages chauds
qui chantent
l’Ode à la Joie
Le Pic de l’Homme

Mais à la descente
tous les nuages s’empilent en boule
dans la pomme d’Adam
prêts à mouiller
mes joues
avec les gouttes
de la solitude

C’est pourquoi
je cherche toujours
avec fébrilité
à retrouver là-haut
les petits nuages chauds
à vivre avec eux
sur le Mont de Vénus

C’est décidé
la fois prochaine
je ne descends plus
je vais rester ainsi
suspendu pour toujours
parmi les nuages qui chantent
au Septième Ciel

photo & texte ©Radu Bata

Cineva acolo sus mă iubeşte

De câte ori urc
pe Muntele lui Venus
zăresc
înconjurat de nouraşi fierbinţi
care cântă
Oda Bucuriei
vârful Omu

La coborâre însă
toţi norii se strâng ghem
în mărul lui Adam
gata să-mi umezească
obrajii
cu picăturile
singurătăţii

De aceea
caut mereu
cu înfrigurare
să reîntâlnesc
nouraşii fierbinţi
să stau cu ei acolo sus
pe muntele lui Venus

Data viitoare
nici nu o să mai cobor
o să rămân aşa
suspendat
pentru totdeauna
printre norii cântători
din al Saptelea Cer

©Radu Bata


Que flaire-t-on dans le destin ?
Le fruit aux pépins.

Qu’entend-on dans l’émoi ?
La pluie sur le toit.

Que voit-on après l’amour ?
Le bonheur en contre-jour.

Que reste-t-il après la vie ?
Le vent du Nord dans la prairie.

texte & photo : Radu Bata


le ciel est toujours de garde
quand on habite à la mansarde
et l’horizon met du sien
on a les étoiles comme anges gardiens

photo & texte © Radu Bata


l’Anomalie a les yeux de Chimène
(sous son parapluie)

la norme est amère
depuis que Norma Jean
nous a posé un lapin
de terre

(la norme est casus belli
quand BHL et Sarkozy
jouent aux caïds
à Tripoli

la norme on l’a dans l’os
si l’argent sale
est fabriqué légalement
intra-muros)

pour retrouver une embellie
seule l’Anomalie
prend les traits d’Angelina
Jolie

© Radu Bata
image via Zoi Raptogianni


Comptine pour ma mère

maman, ne te fais pas de soucis,
je suis sage ici, je me dandine
sur le petit cheval en bois verni,
comme une fillette infinie
dans la robe de toile du temps
même si le temps a fondu
comme fond un bâton de chocolat,
pour qu’ensuite il te colle aux doigts -
tu ne vas pas me gronder, j’espère,
je me suis juste un peu barbouillée.
je tiens à te rassurer, je vais bien,
les petits volants blancs de la robe
vont m’aider à voler
comme Dorothy,
au-dessus de rien.

Alice Popescu

trad. du roumain : ©Radu Bata

© 2011 | Editions Galimatias | tous droits réservés