Au tableau !


în nava mea fonotecă
fredonez nourași
cum scoate anul din mânecă
ultimii ași

am luat în spațiu cu mine
liane si ceasuri moi
eu nu strâng lire sterline
ci refrene cu trifoi

să vină potop de stele
din neant din păpușoi
ca să fac bing bang cu ele
de la anul până joi

de-oi cânta soare răsare
în geneza-mi de ermit
mi-o ieși foc de mirare
iubirea din asfințit

Radu Bata


dus întors

pe strazile amintirilor
regasesc norii de hârtie
pe care i-am fabricat
în magazia de vise
a literelor copilariei

stau si ma-ntreb
unde au zburat ei
în toti acesti ani
în care am uitat sa iubesc vântul
care se duce dincolo de harta

oamenii mari sunt obsedati
de frunzele care pica
din copaci de plumb
si nu mai strâng la piept
papusile de pe cer

data viitoare când voi regasi
raftul cu nori de odinioara
ma voi face ca uit sa revin
în padurea de metal greu
a existentei cu cifre în ochi

©Radu Bata

photo : Tim Whitfield & Sorin Onisor

patate al forno

avea un suflet galben bun de urcat în rai
un corp de îngerita pe un picior de plai
am invitat-o într-o doara la mine la un ceai
si i-am fost toata seara nedumerit cobai

urcat fara bilet în al firii tramvai
visezi normal la Venus sau la o Lorelei
dar de nu esti din fire nici crai nici samurai
n-o sa faci vai din vise decât trai pe vatrai

RB

L’homme est beau comme Pantagruel
Sur sa couenne il met du gel
Le fond de l’air est poivre et sel
De l’amertume je fais mon miel

©Radu Bata

(Le cirque de l’hiver est cruel
L’humeur joue du violoncelle)


le lapin

je sais de la solitude
seulement ce que tu m’as dit
que ce n’est pas une maladie
c’est juste un léger éloignement
comme le pied gauche du droit pendant une valse
avec un air dense entre les deux
et parfois un corps longtemps exercé

Je sais
tu m’as dit qu’elle passe vite
et si on veut
on la retrouve au même endroit
mais pas tout de suite
car dans l’immédiat
il n’y a pas de solitude
dans l’immédiat un lapin mou
tourne autour de ton corps

je n’ai rien appris de la solitude tout seul

Florin Partene
trad. du roumain Radu Bata
image : Bosch – Hieronymus delights

Le texte original (en roumain) :
iepurele
eu ştiu despre singurătate
exact ce mi-ai spus tu
că nu este boală
ci doar o depărtare uşoară
ca stîngul de dreptul în vals
cu aer tare acolo între ele
şi uneori un trup îndelung exersat

eu ştiu
tu mi-ai spus că nu durează
că trece repede
şi dacă vrei o găseşti tot acolo
dar nu imediat pentru că imediat
nu există singurătate
imediat un iepure moale
dă tîrcoale trupului tău

singur despre singurătate nu am aflat nimic

(florin partene, « liber de causis », ed. charmides, 2013)


pe razele sâmbetei

de la pământ pân’ la sfinţi
astăzi e soare cu zimţi
de la lună pân’ la voi
se-uită soarele ‘napoi

photos : Radu B.


à la fille du rayon légumes frais
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mais
la poésie
est autre chose

ce n’est pas cette dulcinée
aux nichons mûrs
exophtalmiques
aves ses 13 kilomètres de gambettes
et un rouge si fort
sur les lèvres courbées
que les URSS te tombent sur la tête

ce n’est pas un week-end
ni une semaine
à nager au boulon
dans une fabrique
de roulements

en fait
la poésie n’est même pas
littérature

la poésie est quand
tu n’as aucun bobo
tes analyses sont nickel-chrome
et pourtant
tu as mal

quand tu n’attends plus le vert
à aucun feu rouge

quand tu es triste ou
tu prends ton bain
ou tu pisses

ou quand tu n’as ni maison
ni salle de bain
mais tu as un matou dans la tête
que tu amènes au coiffeur

il y a des maisons
où tu ne peux écrire des poésies
il y a des femmes
avec qui tu peux faire l’amour
trois jours de suite
mais qui ne te laissent pas
une goutte de belle rouille
dans le cœur

il y a pourtant des champs
de coquelicots
d’où
bleue
la poésie
s’élève
comme une montgolfière
dans le sommeil
d’un évadé

on ne mange pas la poésie
avec des couverts d’argent
elle se laisse grignoter
avec la main

la poésie n’est pas une raison
pour devenir fou
elle est la folie
en chair et os

pendant une nuit de plein papier
et de stylos à bille
j’ai voulu écrire
une poésie

il n’en est sorti que des âneries
qu’ont avalées sur-le-champ
tous les mendiants
du parc cismigiu
et de la place romaine

à bucarest on ne peut écrire
de la poésie
qu’en illégalité
ou à crédit

mon organisme
est descendu à la cave
et m’a laissé faire
à ma tête

(aucun organisme
normal à la tête
ne supporterait pas
la poésie)

puis il a déménagé dans un endroit
encore plus profond
dans un ancien gisement
d’uranium

une fois j’ai décidé
de compter jusqu’à trois
mais voilà
j’en suis à six millions

la population de la roumanie
se réveille tôt
pour aller au travail
comme à waterloo
pendant que pour moi
il est à peine le temps
d’aller me coucher

pour tout vous dire
je ne donnerais pas ma poésie
pour le travail de la population

un beau jour
je vais capituler
dans une femme

un autre jour
je vais peut-être
arranger le portrait
d’un policier

plusieurs nuits de suite
je vais visser
des parachutes

mais la poésie
est autre chose

autre chose

Paul Vinicius

photo & trad. du roumain : Radu Bata


mettre l’humanité en bouteille
pendant que la terre couche avec le soleil
et puis retrouver l’amie veille
dans le plus simple appareil
pour l’égayer jusqu’au réveil

Radu Bata

tirage au sort

mordu par dame fatalité
le destin fait la grimace
elle est loin la voie lactée
le destin maudit sa race
pour retrouver sa bonne grâce
il fera encore volte-face

Radu Bata

un petit, imperceptible déclic
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du miroir
——–

il est facile
de laisser la lune et les étoiles
vaquer à leurs affaires
et te rappeler
le silence grandissant
comme un lierre carnivore
sur le mur de la maison où tu es né
quand tu as appris le mot «anne»
et tu as noté que lorsque tu le prononçais
une chaleur étrange te parcourait
suivie d’un vertige rougeâtre
que tu cachais avec soin des regards des parents
car tu avais honte

maintenant tu n’as plus besoin de te cacher
maintenant tes parents se sont dissous depuis belle lurette
des morceaux de sucre dans les thés russes
des derniers hivers
et dans les pluies
de l’arthrose solitaire
de l’automne

peut-être
elle aussi
(anne)
s’est-elle endormie depuis belle lurette
la tête dans un livre
où justement ton poème
lui a rappelé tout
elle
toi
le possible amour
pour toujours

ou peut-être
il ne reste plus d’elle
que l’air transparent et glacé
entre ton visage hirsute
grisonnant
et le miroir
entre noël
et un jour normal
de travail

Paul Vinicius
trad : Radu Bata

le texte original :
un mic, imperceptibil declic
————————
al oglinzii
———
ce simplu e
să lași luna și stelele la locul lor
să îți amintești doar cum creștea liniștea
precum o iederă carnivoră
pe peretele casei în care te-ai născut
când ai învățat cuvântul „ana” și ai observat
că atunci când îl rosteai
te cuprindea o căldură nefirească
urmată de o amețeală sângerie
pe care o ascundeai cu grijă de uităturile părinților
fiindcă îți era rușine

acum nu mai trebuie să te ferești de nimeni
acum tata și mama s-au dizolvat de mult c
uburi de zahăr în ceaiurile rusești
ale ultimilor ierni
și în ploile ruginii
singuratice
de toamnă

poate că și ea
(ana)
să fi adormit de mult cu capul pe
o carte
în care exact poemul ăsta i-a adus aminte
de ea
de tine
de o posibilă căsătorie

sau poate nu a mai rămas din ea decât
aerul transparent și înghețat
dintre chipul tău nebărbierit
încărunțit
și oglindă
dintre crăciun și
o zi normală
de lucru

Paul Vinicius


zile şi nopţi

ia mai zi
peste zi
poezii

peste noapte
zi-le-n
şoapte

Radu Bata

Une traduction française imparfaite de ce petit texte fort difficile à reconstituer dans une autre langue :

Jours et Nuits

dis toujours
tous les jours
des amours

dans la nuit
dis-les lui
dans un chuchotis

Radu Bata


Salades composées avec des jours frits et des plantes violacées

Après avoir fait des crises d’identité,
des scènes de ménage et tutti quanti,
les saisons se serrent doucement entre les rides du front
et elles s’y font oublier.
Nous nous les rappelons seulement
quand le nouvel an nous gronde
comme si nous étions un nouveau-né.

Chaque année a dans sa besace des joies importées,
des sentiments recyclés,
des fritures avec des légumes mal assortis.
Car on ne se met pas aussi bien en couple
avec les êtres humains et les mois du calendrier
qu’avec les nuages et l’ego de son tablier.
Qui s’est brûlé avec les jours,
fait gaffe aux jolies pensées.

Radu Bata
(chat échaudé craint l’eau parfumée)

Salate compuse cu zile fripte si plante violacee

Dupa ce-au facut crize de identitate,
scene de menaj
si câte si mai câte,
anotimpurile se înghesuie încetisor
în cutele de pe frunte
si se fac uitate acolo.
Ne mai aducem aminte de ele
doar atunci
când anul nou ne cearta
de parc-am fi nou nascuti.

Fiecare an are traista lui
de bucurii importate,
sentimente reciclate,
fripturi cu legume neasortate.
Ca nu te potrivesti cu oamenii
si cu lunile din calendar
cum te împaci cu norii
si egoul din buzunar.
Cine s-a fript cu zile,
sufla si-n panselute.

Radu Bata


Qu’importe si l’arbre de vie est mâle ou féminin
Qu’on nous cache le ciel dans un vieux sous-marin
Qu’on nous livre l’hiver comme un cadeau divin
Qu’on travaille comme des fous pour du perlimpinpin ?

On invente le beau temps dans un alexandrin
On convoque le destin dans son unique jardin
On dribble le chagrin dans le rire et le vin
L’arbre attendra toujours au bout du long chemin

photo & texte ©Radu Bata

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