Points de vue des étudiantes de l’INALCO (l’Institut National de Langues et Civilisations Orientales), membres du jury du Prix du Salon des Balkans qui ont sacré «Le philtre des nuages et autres ivresses» :
Le point de vue d’Ana Gruša Golja, en japonais et relations internationales :
« C’est un recueil de poèmes écrits dans un style magique : la langue utilisée est impressionnante avec un grand choix de vocabulaire tout en gardant un caractère universel. Ça fait penser au Prévert des premières années… ou à des « Haïkus », ces petits poèmes extrêmement brefs visant à dire l’évanescence des choses. Tu lis les poèmes et après tu les griffonnes dans un carnet et ça te reste. »
Le point de vue de Faustine Peyceré, en japonais et relations internationales :
« L’auteur parle de l’amour, certes, mais aussi beaucoup de la société moderne, du monde qui nous entoure, notamment par des comparaisons avec la terre et, encore plus, avec les nuages. Il fait appel à d’assez nombreuses références à des œuvres de la littérature et à des événements qui raccrochent le lecteur à la vie quotidienne. Si je le feuilletais chez un libraire, je l’achèterais ! »
Plus de précisions sur ce prix, sur le jury, sur le palmarès, ici :
http://association-albania.com/Salon-du-livre-des-Balkans-le
Voici le texte que l’auteur a rédigé pour la cérémonie de la remise de prix :
« Petit discours sans prix ni remerciements formalisants.
J’avoue : je n’aime pas les prix. Il y a tellement de vanité et de vide dedans. Et le marché impose souvent non seulement les ingrédients et les modes livresques mais aussi ses hiérarchies.
J’avoue : je n’aime pas les remerciements qui suivent à l’attribution des prix. Je saute la page, je change de chaîne ou je ferme mes oreilles devant cet exercice de salamalecs. Il y a tellement de vanité et de vide dans ce festival de grimaces.
Mais Le Prix du Cœur des Étudiants de l’INALCO pour Le Salon du Livre des Balkans n’a rien à voir avec le marché du livre et ses bienfaits collatéraux.
J’avoue : ce prix a joyeusement balayé mes préjugés.
Primo, parce que l’INALCO a une très bonne renommée : il est ouvert sur le monde, à la culture, à la tolérance. Et, coïncidence de la topographie sentimentale, les Balkans me tiennent à cœur.
Secundo, parce que je ne connais ni d’Adam ni d’Ève ces jeunes personnes de l’INALCO qui ont fait partie du jury – bien qu’elles soient parfaitement fréquentables aussi de ce point de vue, biblique – et quand j’ai appris qu’elles avaient pratiquement exigé LA CRÉATION de ce prix du Cœur qui ne figurait guère au programme (!) – parce qu’elles avaient aimé mes poésettes, j’en ai été jusqu’à l’heureuse tachycardie.
Leur fraîcheur, leur sincérité, leur sensibilité sont belles à voir et à savoir.
Alors je leur dessine à mon tour un merci en forme de cœur pour avoir grignoté les nuages qui poussent sur mon front, pour avoir mis à jour mes petites ivresses.
Aujourd’hui, quand même les bouées de sauvetage sont gonflées avec de l’air prêté par les banques, ces jeunes et admirables personnes nous rappellent que, sans poésie, l’homme est une triste machinerie, une marionnette sans ficelles, une maison inhabitée. Et qu’il faut de temps en temps regarder le ciel pour retrouver un champ de fleurs.
Pour finir, je leur dédie une poésette :
le chant
———
introduisez une monnaie
dans la machine à écrire
il en sortira
un cygne
Radu Bata »

Pour ceux/celles qui ne connaissent pas encore Liliana Lazar et son formidable roman «Terre des affranchis» (plusieurs fois primés) :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Liliana_Lazăr

Vă plac poezetele? Iar dacă abia acum aflaţi de existenţa lor, v-ar interesa crâmpeie din povestea autorului lor, profesorul român plecat în Franţa după Mineriada din 1990?

Pe profesorul Radu Bătăturescu l-am cunoscut virtual – apoi am vorbit şi la telefon – cu un prilej, pare-mi-se, destul de comic: postase un comentariu la opinia mea („De ce votez cu Monica Macovei”), în care susţinea că n-a auzit de cel ce semnase articolul. I-am mulţumit, cu o blândă ironie, pe Facebook, pentru că aneantizase sfertul meu de veac din presă – dar avea un motiv temeinic: exact ultimii 25 de ani i-a petrecut în exil.

Aşa am descoperit un interlocutor fermecător, căruia i-am propus să răspundă la chestionarul cu Oameni faini de pe blogul meu. Nu numai că a făcut-o, dar mi-a îngăduit să-i reproduc şi una dintre poezetele sale, alături de definiţia căreia i-am lăsat parfumul franţuzesc intact – o găsiţi imediat după răspunsuri. Descoperiţi, în cele ce urmează, un intelectual rafinat, care ar putea publica la începutul anului viitor un volum în limba română.

Radu Bătăturescu: „Cel mai preţios lucru pe care îl deţin este visul” De ce te temi cel mai tare? De fiarele din oameni. Care e prima ta amintire? Sucul matern. 100% biologic. Pe cine admiri cel mai mult şi de ce? Încă n-am atins acest obiectiv. Am o lista scurtă de admirate şi admiraţi dar, deocamdată, n-am aşezat superlativul relativ peste superlativul implicit (al admiraţiei). Ce îţi place la înfăţişarea ta? Vârtejul din ceafă. Care e cel mai preţios lucru pe care îl deţii? Visul. Lucrez la el cu beatitudine. Cine ar juca rolul tău într-un film? Shrek. Ce-ţi reproşezi cel mai des? Prozaismul. Ce ai fi făcut la fel de bine profesional, dacă n-ai fi ales actuala carieră? Îngrijitor de cuvinte. Cum ţi se spunea când erai mic? Micuţule. Care e cea mai mare realizare a ta? Un castel de nisip. Care e cel mai frumos lucru care s-a spus despre tine vreodată? Revelator de vocaţii. Cum ai dori să-şi aminteasc posteritatea de tine? Cu îngăduinţă. «Posteritatea e un sniper/ care ne pândeşte/ pe toţi/ cu luneta/din fericire/ pe cei mai mulţi/ îi ratează» (Lucky war – “Le philtre des nuages et autres ivresses” – éditions Galimatias) – Radu Bătăturescu, sau Radu Bata, aşa cum e cunoscut în Franţa, a fost profesor de franceză la Liceul BP Hasdeu din Buzău până în 1990, când, după Mineriadă, a plecat în Franţa. De atunci şi până acum e profesor de franceză şi de jurnalism. “Am condus (director + red. şef) diverse publicaţii «tinere» şi ateliere de scriere jurnalistică şi literară. Azi, mai păstoresc un laborator de balistica verbală (creative writing) şi un Club Jurnal.”, mărturiseşte profesorul, ale cărui scrieri au fost recenzate în “Magazine Littéraire”, “Le Monde”, “Le Nouvel Observateur”, dar şi în “România Liberă”.

Poezeta
Preiau o poezetă a lui Radu Bătăturescu nu înainte de un preambul explicativ desprins din corespondenţa noastră: „Am reflectat la propunerea dumneavoastră de (eventuală) publicare. Am în stoc câteva texte, în special poezete («les poésettes sont des poèmes sans prise de tête», conform definiţiei mele), susceptibile de a-i interesa pe cititori. Vă trimit una (tradusă tot de mine din franceză), pentru ilustrare. Dacă vă place/convine, o puteţi publica (menţionez că face parte din volumul de poezete «Le philtre des nuages et autres ivresses», care se poate achiziţiona aici: www.editions-galimatias.fr) În cazul în care interferarea asta place/merge, aş putea reveni cu astfel de mici delire”.

Cauzele încălzirii globale

Cu analizele proaspăt ieşite
din incubator
m-am prezentat val vârtej
la doctor
să mi le citească
să ştiu şi eu pe ce cărări
o iau

doctorul era chiar ea
şi după cum îi stătea halatul
suspendat pe morfologie
bănuiesc
că nu avea niciun acaret
cât de mic
pe dedesubt

după ce a pus
stetoscoapele pe mine
de mi s-au încălzit
toate periferiile
mi-a măsurat inteligenţa
între index şi polul sud
mi-a şoptit profesional:

trebuie sa măreşti perimetrul
de plimbări astrale
ai prea puţine
globule de nouraşi în sânge
şi o stea
nu-ţi mai ajunge
nici pe-o măsea

de fiecare dată
când umblu
după îngrijiri medicale
şi am gânduri migratoare
temperatura
o ia razna pe glob
şi văd stele verzi
pe pereţi.

Radu Bata – „Le philtre de nuages et autres ivresses”

Horia Ghibutiu

http://adevarul.ro/cultura/carti/profesorul-poezete-1_540dcb890d133766a8f6db34/index.html

Le pays du coeur, dans un monde de fous

« le rêve m’a donné l’amour des mots au point de me faire coucher avec eux sans protection »

C’en est là une confession, une profession de foi ; mais aussi, probablement la seule option possible devant un monde en dérive. À une époque où plus rien n’a de consistance, plus rien n’a de valeur, d’histoire ou de quelconque pérennité, Radu Bata choisit presque le suicide poétique pour résister.

Car se laisser ainsi à découvert, cœur et âme nus, dans une république des gens pressés, peut être assimilé à un geste létal. À une précision près : le poète qui couche avec les mots, tous les mots, de tous les registres – sociétal, financier, téléologique, amoureux – le fait devant nous et nous devenons ainsi partie prenante. Ses poèmes, poèsettes, comme il aime amoureusement les nommer, nous prennent littéralement en otage. Nous nous approprions ces vers comme s’ils étaient des prolongements naturels de nos articulations, vertèbres, sentiments.

Prouvant ainsi qu’il n’est jamais trop tard de faire un retour vers la poésie : « il est encore temps de tout prendre en dérision les hommes et la goutte de pluie les femmes et les flocons de neige » …écrit le poète au début de son recueil, « Le philtre des nuages et autres ivresses » (éditions Galimatias, 2014). On peut frapper avec les mots, sans protection, « la tête du pôle monétaire », « les étoiles du marché », « les ambitions du soleil », « mais il ne faut jamais/se moquer des nuages /des nuages/qui nous habitent ».

Et justement, comme le dit son titre, Radu Bata, poète français né en Roumanie, danse et philtre les nuages. Son but n’est pas de nous faire peur ou de nous accabler, et c’est pourquoi sa poésie n’est nullement précieuse ou lourde. Elle nous parle avec nos mots car elle a aussi en elle nos buts : nos peurs quotidiennes. Elle est, la poésie, « notre frère de glace » : « je vois que mon bonhomme de neige a pris froid je lui ai mis le thermomètre dans la bouche pour en avoir le cœur net ». Parce qu’elle est ainsi, naturellement proche, la poésie, sa poésie, n’a pas besoin de limites : pas de signes de ponctuation, pas de virgules, de points, et les signes d’orthographe inhérents à la langue française sont presqu’un blasphème, tant ils agissent comme destructeurs d’une ineffabilité qui existerait, peut-être, dans une autre langue, moins polluée d’accents aigus, graves, etc.

Pas de fin, donc, seulement l’infini. La poésie devient, dans les doigts de son créateur, un art illimité qui dépasse le temps, les distances, les barrières humaines. Qui devient, voyons, le médicament à tous les maux. La solution, si vous préférez, à des maux contemporains qui défilent, avec une innocence croissante, tout au long du livre : il y a d’abord notre quotidien de vacances, nos futilités (dans « Règlement à l’échéance » : il est bon de collecter/des connaissances/des performances/), la peur de mourir, la recherche dangereuse de l’amour absolu (« Je t’aime moi » : j’ai cherché l’amour sur tous les méridiens/du flux danubien au cirque parnassien), les crises financières, la légèreté de la presse trop subjective, trop ancrée dans le fait divers (« les codes du journalisme expliqués à mon fantôme), le narcissisme et l’égoïsme qui nous gouvernent, hélas, de plus en plus (« aussi étonnant que cela puisse paraître/il y en a qui tombent éperdument amoureux/de leur propre personne/sans aucune raison valable/d’autres encore plus pauvres qui font une passion pour l’argent/jusqu’à ressembler aux machines à sous/oubliant même qu’ils ont un cœur à partager »), la manie et la quête d’une échappatoire à travers les réseaux sociaux (« dès que tu montes dans le train facebook/les statuts défient comme les poteaux de télégraphe/le carnaval de rio surgit dans ton salon/le salvador tombe amoureux de la côté d’ivoire »), le rêve européen et la quête d’une vie meilleure (« je suis devenu français/ce matin/vers 5 heures/moins le quart »), les tanks russes, car « l’amour est une guerre douce », jusqu’à arriver à la profession de foi (pour écrire un poème/on prend des entrefilets/de biographie flottante/pour la coque/des soucoupes volantes – « le bateau ivre », ou « dans cette existence/j’ai été volontaire/pour faire soigneur de mots », dans « un monde où les paroles sont dans la fosse aux ours je voudrais faire professeur »)

Prendre tout en dérision, prendre tout à la légère ? Je ne dirais pas autant. Mais plutôt adapter certaines choses avec l’insouciance d’un passager du temps qui sait que seule la poésie pourra exprimer les pleurs, les maux, des solutions de notre époque. Aussi extraordinaire et incroyable que cela puisse paraître, la solution se trouve dans la foi lexicale : ces mots qui extorquent nos maux et qui servent, comme le prouve Radu Bata, à plusieurs desseins. Premièrement, à faire l’inventaire du monde. Puis, à exprimer l’inextricable solitude des gens, livrés au monde et à eux-mêmes.

Troisièmement, à soigner avec détachement et humour ce qui semblait être non guérissable. Et, finalement, de manière très prosaïque et très vraie, pour confirmer les paroles d’une vieille chanson : « quand il nous reste que l’amour… « .

Dans un monde de fous, le seul pays encore habitable est celui situé dans notre cœur. Radu Bata l’a prouvé dans son exercice poétique. Comment y arriver ? Un premier pas : en lisant ce recueil de poèmes. Au commencement de tout se trouve, envers et contre tous, le mot. La parole. Le Poème.

Iulia Badea-Guéritée

http://procuste.blogs.courrierinternational.com/archive/2014/09/08/le-pays-du-coeur-dans-un-monde-des-fous.html


DRÔLE ET BIEN TROUSSÉ
Le philtre des nuages et autres ivresses» par Radu Bata
L’auteur ne s’en laisse pas conter par les contempteurs de la poésie. Pour ceux que l’exercice littéraire rebute, l’écrivain grenoblois a spécialement imaginé ce recueil drolatique et malicieux, versé de plaisir jusqu’au pied ultime. Une centaine de «poésettes», comme il les a nommées, constellent ce Philtre des Nuages, des textes courts et bien tassés, où le surréalisme ravit les surrénales. L’amour et le temps qui passe tiennent la dragée haute aux pisse-froid et les références à la Roumanie, pays natal de Radu Bata, font voyager à moindre frais. On ouvre la page au hasard, on pioche comme dans un sachet de bonbons, et on partage avec son voisin de serviette au bord de la piscine. On ne s’en lasse pas.
R. Gonzalez
Dans le Métroscope, le magazine de l’agglomération grenobloise, nr. 110 sept-oct (bimestriel, 220. 000 ex)


Le bouquin de l’été ? C’est le Philtre des Nuages, de Radu Bata. Un recueil extraordinaire de « poésettes » pour tous ceux que la poésie d’ordinaire rebute.
« J’aurais appris le mandarin
pour réciter Li-Taï-Po
avec les diphtongues de Pékin
sur le grain de ta peau. »
Sur la pointe de sa plume, Radu Bata exécute de généreuses pirouettes sémantiques qui dessinent son amour des mots autant que celui de sa prochaine cacahuète. A croquer !

https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10152261090482992&set=a.53621627991.67103.676692991&type=1&theater


« Ces poésettes font un effet de chouquettes sous la langue : on en redemande juste une petite, avant de passer encore à une autre…  »
Lire l’article ici :
http://www.babelio.com/livres/Radu-Le-philtre-des-nuages-et-autres-ivresses/609648


« Dans ses poèmes d’amour, Radu Bata frôle la grâce d’un Boris Vian ou d’un Charles Trenet qui traduit Rimbaud ou Verlaine en langue jazzy. »
Lire la suite ici :
http://www.actualitte.com/critiques/radu-bata-feu-d-artifice-dans-l-angle-mort-de-la-langue-2421.htm


« Imaginez un défilé d’images d’un surréalisme lapidaire et insolites de surcroît plantées dans un décor et avec des personnages tirés des films d’animation de Tim Burton qui jaillit soudainement dans votre tête alors que vous êtes en train de lire ! »
http://balkis.blogs.nouvelobs.com/archive/2014/06/09/le-philtre-des-nuages-et-autres-ivresses-ou-l-art-de-trinque-534150.html

On imagine bien Radu Bata s’ennuyer ferme. Insomniaque inconsolable, il passe ses « nuits en éventail » pour les réduire en « kit à monter sur la lune » : « Voir les flocons de neige former des taches de sang sur le carrelage/Chaque nuit s’enfoncer un peu plus dans le mutisme définitif/Cette nuit je fête mes noces de ciment avec le silence ».

Alors, il s’installe là, dans l’angle « mort » de la langue et guette les nuages. Le lecteur est mis en garde dès la première page de son recueil de poésies : frapper de dérision l’univers est tout à fait légitime – Cioran oblige ! – « mais il ne faut jamais/se moquer des nuages/des nuages/qui nous habitent ». Ses nuages ont la consistance des « futilités qui pèsent », des « zestes qui restent » et c’est une constellation d’« indéfinitions » décidément jubilatoires et de devinettes graciles et surréalistes, qui parsème les pages de ce volume inclassable.

Qui dirait « c’est le poète De l’autre côté du miroir », qui avance, comme Alice, lorsqu’il recule, se trompe magnifiquement. Radu Bata s’installe et installe un monde où le recul est dans la langue, avec vue panoramique (et perçante) sur la vie; un monde où le lyrisme impénitent, épongé par l’autodérision, mue en une mélancolie décalée, puisque transcrite « sur papier carbone ».

Il sermonne l’humanité en petit amant qui recourt aux philtres et pratique l’ironie, soutirée à la base de sa tendresse : «ou bien/ les produits/ de Dieu/ont des défauts/ de fabrication/ou bien/ la machine humaine/ se grippe/ par manque de confiance/ en son propre destin ». Il prend sans peine de la hauteur, il fait simplement un pas de côté, il est naturellement en décalage. La poésie jaillit des interstices et c’est la carte d’identité de l’exilé.

« je suis un vieux mur/sensible aux nouvelles pierres/un rempart rhumatique/amoureux de lierre/pâle mais imperméable/dans les affreux orages/je suis impondérable/parmi les jeunes nuages.»

Des courts-circuits éclatent parfois entre le français – langue d’adoption et le roumain – langue maternelle et le poète en fait des feux d’artifice. Né en Roumanie, poète en France, Radu Bata puise l’ambivalence de ses métaphores et le goût des formules cocasses dans la tradition d’un pays qui a dû s’inventer un (deuxième degré du) langage pour composer au quotidien avec la dictature.

Il cuisine les mots au feu follet du lyrisme impertinent et on découvre que le plat (politiquement correct) de nos vies ne se mange pas toujours froid. Dans ses poèmes d’amour, Radu Bata frôle la grâce d’un Boris Vian ou d’un Charles Trenet qui traduit Rimbaud ou Verlaine en langue jazzy.

« elle a traversé le continent en douceur/comme un gendarme le jardin/pour échouer dans mon lit comme un dauphin/avec sa ronde pudeur /on n’a partagé qu’efforts avertis/pour bâillonner la solitude/mots d’esprit et humeurs travesties/par similitude».

Radu Bata est un Prince du Motordu lyrique qui se moque en douceur de nos crève-cœur et les pense/panse par des « poésettes ». « L’incompatibilité grammaticale/nuit gravement à la volupté. » Puisqu’il ne se prend pas au sérieux, on prend place en toute confiance dans l’écart qui bâille entre les mots, allez hop, on va faire, excités et insouciants, un tour de manège. Pris de vertige, on s’enivre de ses trouvailles et, une fois les pieds sur terre et la tête dans ses nuages, les dégâts sont profonds : le sevrage est dans la poésie. L’effet garanti du « Philtre des nuages et autre ivresses » de Radu Bata.

« Le philtre des nuages et autres ivresses » de Radu Bata. Editions Galimatias – collection Galimatias gris ; 116 pages ; couverture : illustration- Gwen Keraval ; ISBN : 978-2-9539077-1-1 ; prix papier : 15 euros.

Cristina Hermeziu
Journaliste littéraire, essayiste et médiatrice culturelle. Des études postdoctorales à l’Université Paris II et à l’Institut Français de Presse. Dès 2006, correspondante à Paris pour des publications roumaines, dont Evenimentul Zilei, Adevarul et Dilema Veche.
http://www.actualitte.com/critiques/radu-bata-feu-d-artifice-dans-l-angle-mort-de-la-langue-2421.htm

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