à la fille du rayon légumes frais
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mais
la poésie
est autre chose

ce n’est pas cette dulcinée
aux nichons mûrs
exophtalmiques
aves ses 13 kilomètres de gambettes
et un rouge si fort
sur les lèvres courbées
que les URSS te tombent sur la tête

ce n’est pas un week-end
ni une semaine
à nager au boulon
dans une fabrique
de roulements

en fait
la poésie n’est même pas
littérature

la poésie est quand
tu n’as aucun bobo
tes analyses sont nickel-chrome
et pourtant
tu as mal

quand tu n’attends plus le vert
à aucun feu rouge

quand tu es triste ou
tu prends ton bain
ou tu pisses

ou quand tu n’as ni maison
ni salle de bain
mais tu as un matou dans la tête
que tu amènes au coiffeur

il y a des maisons
où tu ne peux écrire des poésies
il y a des femmes
avec qui tu peux faire l’amour
trois jours de suite
mais qui ne te laissent pas
une goutte de belle rouille
dans le cœur

il y a pourtant des champs
de coquelicots
d’où
bleue
la poésie
s’élève
comme une montgolfière
dans le sommeil
d’un évadé

on ne mange pas la poésie
avec des couverts d’argent
elle se laisse grignoter
avec la main

la poésie n’est pas une raison
pour devenir fou
elle est la folie
en chair et os

pendant une nuit de plein papier
et de stylos à bille
j’ai voulu écrire
une poésie

il n’en est sorti que des âneries
qu’ont avalées sur-le-champ
tous les mendiants
du parc cismigiu
et de la place romaine

à bucarest on ne peut écrire
de la poésie
qu’en illégalité
ou à crédit

mon organisme
est descendu à la cave
et m’a laissé faire
à ma tête

(aucun organisme
normal à la tête
ne supporterait pas
la poésie)

puis il a déménagé dans un endroit
encore plus profond
dans un ancien gisement
d’uranium

une fois j’ai décidé
de compter jusqu’à trois
mais voilà
j’en suis à six millions

la population de la roumanie
se réveille tôt
pour aller au travail
comme à waterloo
pendant que pour moi
il est à peine le temps
d’aller me coucher

pour tout vous dire
je ne donnerais pas ma poésie
pour le travail de la population

un beau jour
je vais capituler
dans une femme

un autre jour
je vais peut-être
arranger le portrait
d’un policier

plusieurs nuits de suite
je vais visser
des parachutes

mais la poésie
est autre chose

autre chose

Paul Vinicius

photo & trad. du roumain : Radu Bata

Galimatias

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