J’ai fait un rêve.
J’avais postulé pour un poste d’utopiste dans une multinationale de spectres mais on m’avait engagé comme porte-drapeau.
Ce travail était une torture, je mélangeais tout. Au lieu de porter le symbole pâle et unicolore de cette société planétaire spécialisée dans l’uniformisation, je portais haut des idées tricolores : tantôt je conjuguais le rouge-jaune-bleu, tantôt je déclinais le rouge-blanc-bleu. Une imposture flagrante, en connexion avec mes études de rêveur et mon identité redoublée, qui me faisait perdre le sommeil. Dans cette confusion multiculturelle, le pire arriva : on avait trouvé, dans une chambre jaune, le cadavre mutilé du drapeau fade de la multinationale et l’on me désignait comme coupable.
Je pensais avoir commis un crime parfait – j’avais caché l’arme du forfait, un stylo de papier, dans la synapse de sagesse – mais le tribunal des spectres m’a vite confondu : des traces de mon ADN ont été décelées dans la syntaxe française et sur les lèvres d’une muse roumaine.
Les délits syntaxiques étaient prévus et assumés – j’avais déjà imaginé les spectres lire dans les mots (mon verbe est transparent et je fais régulièrement des entorses à la langue) – mais je ne les voyais pas capables de lire sur les lèvres !
En attendant le bourreau des figures pâles, je fais un rêve : je veux bien être suspendu haut et fort aux lèvres d’une muse jusqu’à ce que métaphore s’ensuive !

©Radu Bata
photo : Emma Margot

Galimatias

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