Extraits :
… « Ce qui avait retenu mon attention, c’était les livres en vitrine. Oui, la vitrine exposait une petite bibliothèque, décorée de quelques peignes et ciseaux, et on y apercevait un bout de littérature idéale : Joyce, Fante, Brautigan, Bukowski, Stendhal, Proust, Céline, Tolstoï… Ça m’avait impressionné. J’étais rentré. Un homme d’une soixantaine d’années était sorti de l’arrière boutique. C’était Pierre, il était bienveillant et chétif. Il m’avait demandé si je voulais une coupe de cheveux, j’avais répondu oui, il m’avait emmené au shampooing puis shampouiné. Les choses étaient simples. Pas de massage de cuir chevelu, il ne m’avait même pas demandé si l’eau était à la bonne température. L’eau était brûlante. Mais Pierre était peut-être de ceux qui ont une théorie au sujet de l’eau brûlante, ça doit peut-être casser le cheveu, le rendre plus facile à coiffer, je n’avais pas à me poser la question. Après tout on est déjà très gâté du fait que se faire couper les cheveux soit indolore, c’est quand même une partie de nous, ça pourrait nous faire mal comme si on nous coupait les dents, imaginez.
Pas de musique non plus. J’entendais le bruit du shampouinage, en réalisant que c’était peut-être la première fois en 30 ans de salons que j’entendais ce bruit.
Pour info, c’est un bruit un peu dégueu et apaisant. Comme si un gars aux vendanges écrasait les raisins avec un poulpe ficelé à chaque pied. »

… « La coupe de cheveux dura six heures. Il était trois heures de l’après-midi quand je contemplai le résultat après qu’un Pierre épuisé ait réhaussé mon siège.
Le résultat était au-delà de mes espérances. Mes affaires étaient tombées au sol au fur et à mesure de la coupe, mon jean et mes chaussures gisaient, inutiles, au pied de mon fauteuil.
Je me tenais sur mes deux pattes et m’admirais dans le miroir.
J’étais non seulement un goéland, mais surtout le plus magnifique putain de goéland qu’il m’avait été donné de voir.
Pierre a réuni mes affaires dans un petit sac plastique qu’il rangea sous son comptoir. D’un hochement de bec, je l’ai autorisé à sortir de mon portefeuille les billets pour se payer. Pierre m’a ensuite délicatement saisi pour me poser sur le trottoir. Je l’ai regardé, ai hoché encore du bec pour le remercier, puis me suis envolé. »

Vous pouvez lire cette merveilleuse petite nouvelle écrite sur un fil de cheveu par Henri Michel ici :
http://www.henrymichel.com/perso/pierre-coiffure/

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