Le zoo dans votre bibliothèque

On dirait que les auteurs (à succès ?) pratiquent l’anthropomorphie et puisent leurs titres dans un bestiaire. L’australienne Coleen McCullough avait volé autour du globe des vertébrés à sang chaud avec «Les Oiseaux se cachent pour mourir» (« The Thorn Birds »). 33 ans plus tard, sur cette vague porteuse, pileuse et pathétique, les animaux surfent allègrement, des «Kangourous» de Dominique Barbéris jusqu’à «L’élégance du hérisson» de Muriel Barbery, frôlant l’indigestion et la coïncidence patronymique.

Plus récemment, Olivia Rosenthal nous a posé une question existentielle fondamentale pour les cervidés que nous sommes avec «Que font les rennes après Noël ?» Fallait vraiment y penser, et y consacrer tout un souffle narratif et ontologique. Aussi fort que les «Pourquoi ?» de Philippe Vandel. Mais l’animoplastie n’est pas l’apanage exclusif de ces dames. John Gierach avec « Même les truites ont du vague à l’âme » ou Carl Aderhold avec « Les poissons ne connaissent pas l’adultère » montrent leur savoir-faire ichtyologique frisant l’arête du ridicule.

Après «Les yeux jaunes des crocodiles» (jubilatoire, l’iris reptilien ^^) et «La valse lente des tortues» (une redondance adorable, proche du pléonasme anthologique :) ), Katherine Pancol, la reine des titres animaliers drôles comme des singes alcooliques, nous a appris la tragédie des petits rongeurs en début de semaine, au cœur de New York : «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Un titre neuneu imparable, au fou rire garanti – on se demande où va-t-on chercher ces niaiseries qui touchent les synapses disponibles des lecteurs – et qui donne dans le même temps des larmes de crocodile à certains écrivains aigris, auxquels le succès a posé des lapins.

Hélas, « la ferme des animaux » a encore de beaux jours sur les tranches des livres comme dans les films comiques allemands. Bientôt, « Le blues du labrador dans la fièvre du samedi soir », « Les taupes sont chaudes en hiver sous la pluie », « La stratégie des antilopes » (oups, déjà pris !), « Le chien-cochon aboie à minuit », « Le refrain infini du chant du cygne », « Les pingouins sont déprimés au coucher sur la banquise », « Le chat siamois frappe toujours deux fois », « La marmotte a froid seule dans son lit double », « Les sirènes ont bon dos dans l’eau » ou, que sais-je, « Le désir muet des noisettes de l’écureuil », pour boucler (partiellement) la boucle qui nous ronge.

À force de chercher l’image animalière qui fait mouche, de nous distribuer à la machine éditoriale de petits mammifères tout mignons tout chou (censés nous émouvoir dès la couverture), les titrailleurs vont finir par nous rendre chèvres.

Al Gorithme

PS : Nous sommes une planète de singes et la fièvre du frontispice bête est contagieuse comme une piqûre de moustique-tigre : le film « Les tortues ne meurent pas de vieillesse » sort ce 26 août en salles. Tant qu’à choisir un titre « animalier » de film plus digeste, je préfère le « Poulet aux prunes ».

PPS : Ne mettons pas dans le lot Lola Lafon avec « Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce », ni « Des vies d’oiseaux » de Véronique Ovaldé, ni dans le troupeau « Les vaches de Staline » de Sofi Oksanen, ça n’a presque rien à voir.

Galimatias

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